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Les prothèses d'épaule ont longtemps eu une mauvaise réputation, surtout lorsqu'elles étaient comparées aux prothèses de hanche et de genou.
Cette mauvaise réputation était justifiée, car la conception des premières prothèses n'était en fait qu'une copie de celle des prothèses de hanche.
Or, la mécanique de l'épaule est fondamentalement différente de celle de la hanche, et s'avère en fait beaucoup plus complexe que cette dernière.
Il faudra attendre la fin des années 1990 pour enfin comprendre ces différences fondamentales et mettre au point des implants adaptés qui tiendront compte de la complexité de cette articulation.

À ce jour, et grâce aux progrès de l'informatique et de la modélisation, une nouvelle génération de prothèses d'épaule a vu le jour, permettant de faire un pas de géant à la fois sur les résultats fonctionnels mais également sur la durée de vie probable de cet implant. En effet, ces nouveaux implants respectent l'anatomie, ont un encombrement bien inférieur à celui des prothèses de génération précédente et rejoignent enfin les résultats cliniques des prothèses de hanche de genou.

J'ai eu la chance de faire partie du groupe de concepteurs qui ont mis au point cette nouvelle génération d'implants. le projet a démarré en 2001, suivi des premières poses en 2003, et de la commercialisation en 2006. À ce jour, plus de 10 000 implants ont été posés de par le monde, avec d'excellents résultats sur les prothèses anatomiques et un résultat nettement supérieur aux implants de génération précédente en ce qui concerne les prothèses inversées.

Nous travaillons actuellement à une deuxième génération de prothèse inversée, car nous avons pu analyser quelles étaient les erreurs commises lors de la conception de la prothèse inversée et ceci nous permettra vraisemblablement de disposer bientôt d'une prothèse encore plus performante.

Le concept de cette nouvelle génération d'implants est radicalement différent de celui des prothèses d'anciennes générations et lors de la commercialisation de notre prothèse, beaucoup de nos collègues étaient dubitatifs quant à la viabilité de notre concept.

Aujourd'hui, des sociétés concurrentes commencent à copier notre prothèse, ce qui est sans doute le meilleur gage de son efficacité.

Ce chapitre vous permettra de faire connaissance avec cette prothèse , mais également de savoir quelles sont actuellement les indications chirurgicales de mise en place d'une prothèse d'épaule.
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La mécanique

• L'humérus présente une particularité anatomique. Il existe un décalage à la fois sur le plan frontal et sagittal entre la diaphyse de l'humérus et la surface articulaire, ce qui fait qu'une prothèse avec tige ne pourra jamais être anatomique, la partie articulaire étant située dans le prolongement de la tige (et donc du fût huméral)
Ceci est connu sous le terme d'OFFSET.

• L'épaule n'est pas soumise aux mêmes contraintes que le membre inférieur, aussi, bien que les premières prothèses d'épaule aient été conçues en ayant à l'esprit les prothèses de hanche, donc avec une tige, il était possible de concevoir un dessin de prothèse sans tige.
Les avantages de ce design étant d'une part de s'affranchir du problème d'offset et d'autre part de préserver le capital osseux de l'humérus en cas de reprise future de la prothèse.
La difficulté de cette démarche était d'obtenir une bonne stabilité primaire de l'implant.

• Un autre de nos objectifs était d'avoir un implant modulable, semblable par sa forme et son matériel de mise en place, pouvant faire face à toute situation ( prothèse de resurfaçage, prothèse anatomique, prothèse inversée et traumatologie).


Les progrès de l'informatique, nous permettant d'obtenir une simulation poussée de l'interaction du matériel avec l'os et du fonctionnement de l'articulation, nous ont permis de résoudre ces problèmes avec la collaboration des ingénieurs.
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Voici donc ce que nous avons développé

Enter the name for this tabbed section: Les variations
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Enter the name for this tabbed section: Les principes
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Enter the name for this tabbed section: Les implants
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Et en quelques images, une implantation standard

Enter the name for this tabbed section: Coupe au ras du cartilage
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Enter the name for this tabbed section: Implantation de la corolle
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Enter the name for this tabbed section: Résultat final
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La prothèse inversée

Inventée par Grammont, cette prothèse a pour but de permettre une mobilité active de l'épaule en absence de coiffe des rotateurs.
Elle utilise un artifice technique.
Dans une épaule normale, la surface articulaire de l'humérus est convexe et celle de la glène légèrement concave. Ce sont les tendons de la coiffe et les structures capsulaires qui maintiennent l'articulation centrée lors des mouvements d'élévation du bras.
Le principe de la prothèse inversée est de faire passer la partie convexe sur la glène, et la partie concave sur l'humérus.
De ce fait, l'articulation devient
contrainte, car les deux composants sont "emboités" et maintenus par la tension du muscle deltoïde (qui tire le bras vers le haut).
Dans ces conditions, ce muscle à lui seul peut faire fonctionner l'épaule même en absence de coiffe des rotateurs.
De plus, le problème d'offset n'existe plus puisque la prothèse est contrainte et l'on peut si on le doit, utiliser une tige humérale associée.

Ce type de prothèse peut donc être indiqué chez des patients porteurs d'une omarthose excentrée ou d'une rupture massive et ancienne dde la coiffe, non réparable.
Les résultats

Doivent être distingués en fonction du type de prothèse et de l'étiologie.

• Omarthrose centrée et nécrose : excellents résultats sur la mobilité active et la douleur. Indication de prothèse céphalique simple (resurfaçage) ou de prothèse totale anatomique.

• Omarthose excentrée et rupture massive de coiffe : bon résultat sur la douleur, mais résultat très "patient dépendant" sur la récupération de la mobilité active, lors de la mise en place d'une prothèse inversée.
Seuls les patients très volontaires et dont le deltoïde est de bonne qualité, obtiennent une mobilité fonctionnelle satisfaisante.

• Traumatologie : Le fractures de type Neer 3 donnent un excellent résultat fonctionnel et antalgique. Les fractures de type 4 donnent un résultat variable. En effet, ces fractures résultent souvent d'un traumatisme violent qui peut dans certains cas entraîner une lésion du nerf circonflexe. Ceci ne peut être déterminé immédiatement lors du traumatisme, mais si c'est le cas, on assiste dans les suites à moyen terme, à une fonte du deltoïde du fait de cette lésion. Les résultats fonctionnels deviennent médiocres dans ce cas de figure.

Ci-dessous un excellent résultat sur une fracture de type 4. Le patient est maintenant à 7 ans de recul avec un résultat clinique et radiologique inchangé.
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La rééducation

se déroule en trois phases.

• De J1 à J21 : cicatrisation. Le travail est uniquement passif, le travail actif est débuté dès la 3 ème semaine.

• De J21 à 4 mois travail de récupération des amplitudes.

• De 4 mois à la fin de la première année : travail de récupération de la force.
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